
Où avez-vous étudié l’optique et quelle était votre motivation pour entrer dans cette profession ?
Mon premier contact avec l’optique a eu lieu à l’âge de 12 ans. Je me souviens qu’à l’école, mon professeur de sciences m’a appris les tracés de rayons. Au crayon, je dessinais la trajectoire des rayons dans les lentilles et les miroirs. C’était passionnant.
À cette époque, les livres “Magic Eye” étaient très populaires en Espagne. Ces livres utilisaient des images en 2D qui pouvaient être vues comme des images en 3D en utilisant la divergence des yeux. J’étais un enfant, mais je voulais en savoir plus sur le comportement des yeux, la perception des couleurs et l’anatomie de l’œil. Des années plus tard, lorsque j’ai dû décider de mon avenir, j’ai su que l’optique et l’optométrie seraient un bon choix.
J’ai obtenu des qualifications en optique dans mon pays natal, en Espagne. Tout d’abord, j’ai étudié pour un diplôme d’optique et d’optométrie à l’Université Complutense de Madrid. Plus tard, j’ai fait un Master de Recherche dans la même université, puis un Master en Basse Vision à l’Université de Valladolid et un doctorat à l’Université Européenne de Madrid.
Pourquoi avez-vous décidé de devenir concepteur de lentilles ?
Honnêtement, grâce à un bon ami. Je venais de terminer mes études en optique, l’Espagne traversait une grave crise économique et il était difficile de trouver des subventions pour m’aider à continuer mes travaux en tant que chercheur à l’université. Mon ami travaillait déjà comme concepteur de lentilles et il m’a ouvert les yeux. Il m’a dit qu’il y avait un poste dans son entreprise, l’IOT. J’ai donc décidé de postuler. Ce fut la meilleure décision que j’ai jamais prise. J’adore mon travail !
Qu’est-ce qui fait une bonne lentille ?
Il existe de nombreux critères pour définir la performance d’une lentille, mais parfois ils ne sont pas bien compris. Par exemple, lors de la conception de verres progressifs, on pourrait croire que l’astigmatisme (distorsion latérale) est le critère le plus important à prendre en compte ; mais nous devons tenir compte d’autres variables, telles que la puissance moyenne dans la zone périphérique du verre, ou la façon dont la puissance change du haut vers le bas du verre. Notre mission en tant que concepteur de lentilles est de trouver de nouvelles variables qui peuvent être ajoutées au processus de conception des lentilles. Notre responsabilité est d’essayer d’améliorer l’expérience visuelle de l’utilisateur.
Notre travail n’est que le premier maillon de la chaîne. De nombreux facteurs, tels qu’une bonne fabrication, une prescription précise et un bon processus de distribution contribuent à la qualité des lentilles produites. Imaginez la meilleure lentille jamais conçue, adaptée à des distances pupillaires incorrectes : le résultat sera un désastre. Nous devons être conscients de l’importance de l’ensemble du processus, du début à la fin. Et le rôle de l’opticien dans la satisfaction du patient est indéniable.
Vous travaillez pour une société appelée IOT, qui est une entreprise importante dans le secteur de l’optique mais qui n’est pas bien connue des opticiens dans la pratique. Pouvez-vous nous parler un peu d’IOT et de sa philosophie ?
L’IOT est une société espagnole, financée par deux professeurs de l’Université Complutense de Madrid et par Daniel Crespo, aujourd’hui président de la société. Au début, IOT a concentré ses efforts sur la création d’une technologie de pointe pour la conception et le calcul de lentilles ophtalmiques personnalisées de forme libre. Aujourd’hui, l’objectif est d’offrir la technologie et les services dont nos clients ont besoin pour fabriquer les meilleurs verres du monde. Cela inclut un soutien à chaque étape du processus de création du produit, depuis la création, le développement et la conception, jusqu’au traitement en laboratoire et à la stratégie de marché. C’est pourquoi l’IOT dispose d’une équipe pluridisciplinaire composée d’opticiens, de médecins, de mathématiciens, de spécialistes du marketing, d’éducateurs, de techniciens, de scientifiques et d’ingénieurs.
Pouvez-vous décrire une journée type ?
J’appartiens au département de recherche clinique, dont le but principal est la conception et le développement de nouvelles lentilles ophtalmiques. Chaque jour est différent et cela me permet de rester active et motivée avec un apprentissage en continu. Je dois m’occuper de tâches techniques, cliniques et de gestion. Pour la conception des lentilles, nous utilisons des outils et des logiciels spécifiques conçus par notre équipe de développement, qui nous permettent de concevoir les surfaces des lentilles. Une fois la lentille créée, nous caractérisons les propriétés des lentilles au moyen d’une analyse théorique de la surface. Cela nécessite des connaissances sur la façon d’interpréter les cartes de distribution de la puissance et, bien sûr, de rechercher de nouvelles variables qui affectent les performances visuelles.
La performance finale d’une lentille doit être testée par l’utilisateur final. Une partie importante de mon travail consiste à planifier et à mettre au point des essais qui nous permettent d’obtenir des informations sur l’utilisateur final. C’est l’une des choses que j’aime le plus dans mon travail. Nous apprenons à connaître nos patients et nous appliquons leurs commentaires dans le développement de nouveaux verres. Cela présente un intérêt clinique important en raison des soins de la vision du patient et a des valeurs de recherche liées à la compréhension du comportement du système visuel.
Comme vous pouvez l’imaginer, il est essentiel d’avoir une équipe pluridisciplinaire synchronisée dans laquelle chaque membre apporte son grain de sable pour un apprentissage et une croissance continus. Pour cela, il est absolument nécessaire de disposer de compétences de gestion pour réussir et atteindre nos buts et objectifs.
Pourquoi les essais cliniques sont-ils si importants ?
Nous disposons des outils nécessaires pour analyser les caractéristiques des lentilles d’un point de vue théorique, mais cela ne suffit pas. Nous sommes bien conscients que l’utilisateur final a toujours le dernier mot. Nous devons évaluer les performances des lentilles que nous concevons chez des patients réels. C’est le critère le plus visible des essais cliniques à l’IOT : il nous permet de nous assurer que chaque lentille que nous lançons sur le marché est parfaite.
En outre, les essais cliniques nous fournissent des informations importantes, qui sont moins évidentes. Ils nous permettent de mieux connaître nos patients et d’appliquer ces connaissances à la conception de nouvelles lentilles, de mieux comprendre le comportement du système visuel grâce à des méthodes de mesure psychophysiques et de rechercher de nouvelles caractéristiques de lentilles qui seront configurées pour améliorer l’expérience visuelle de l’utilisateur. Il y a beaucoup de choses à découvrir dans le système complexe des lentilles oculaires et notre objectif est d’étudier tous les composants en détail afin d’appliquer ces connaissances à la création de meilleures lentilles.
Quel est le plus grand défi d’un concepteur de lentilles ?
En tant que concepteur de lentilles, le principal défi consiste à créer de nouvelles lentilles qui offrent des avantages substantiels en terme des performances visuelles de l’utilisateur, tout en étant à la pointe de l’innovation. En tant qu’opticien, un de mes défis personnels est de souligner l’importance de l’optique ophtalmique pour les professionnels de la vue.
Que pouvons-nous attendre à l’avenir ?
La technologie évolue à grande vitesse et les importantes innovations technologiques des dernières années devraient être intégrées progressivement dans la pratique des soins oculaires. L’intelligence artificielle est un domaine qui présente beaucoup d’intérêt. C’est pourquoi je pense qu’à l’avenir, l’intelligence artificielle dans la distribution optique sera aussi courante que la recommandation d’une chanson dans Spotify. Je pense qu’elle peut apporter beaucoup d’avantages aux opticiens et aux utilisateurs en leur fournissant des produits et des services mieux adaptés à leurs besoins.
Souhaitez-vous ajouter quelque-chose ?
Je voudrais encourager les professionnels de la vue à considérer l’optique ophtalmique comme une branche intéressante de la distribution optique. Il y a beaucoup d’informations biaisées provenant des campagnes publiques. C’est pourquoi les opticiens devraient rechercher des informations fiables, techniques et honnêtes sur les caractéristiques des verres qu’ils distribuent.
Et bien sûr, je voudrais remercier l’IOA pour son dévouement à l’amélioration et au développement de la profession d’opticien dans le monde entier.
Topic: Nouvelles optiques
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